Compte mail piraté : les étapes pour reprendre le contrôle
Un proche vous signale un message étrange envoyé en votre nom. Votre mot de passe ne fonctionne plus, ou des courriels disparaissent sans explication. Face à un compte mail piraté, il faut agir rapidement : votre messagerie peut aussi servir à réinitialiser les mots de passe de nombreux autres services. Reprendre le contrôle demande donc de récupérer l’accès, de supprimer les accès frauduleux et de vérifier les conséquences sur vos contacts.
1. Intervenir depuis un appareil de confiance
Utilisez un ordinateur ou un téléphone à jour, que vous n’avez aucune raison de soupçonner d’être infecté. Si l’incident suit l’ouverture d’une pièce jointe douteuse ou l’installation d’un logiciel, effectuez les premières démarches depuis un autre appareil.
Accédez à votre messagerie en saisissant vous-même l’adresse de son site officiel ou depuis son application habituelle. Évitez les liens contenus dans les alertes reçues : certains messages imitent justement une notification de sécurité pour voler vos identifiants.
Conservez quelques preuves sans retarder la sécurisation : captures des connexions suspectes, messages frauduleux, paramètres modifiés et dates de découverte. Pour une adresse professionnelle, prévenez immédiatement le service informatique par téléphone ou par un autre canal fiable.
2. Récupérer l’accès et changer le mot de passe
Vous pouvez encore vous connecter
Ouvrez les paramètres de sécurité du compte et remplacez immédiatement le mot de passe par un secret long, unique et généré, de préférence, par un gestionnaire de mots de passe. Une légère variante de l’ancien mot de passe ne suffit pas.
Vérifiez également les moyens de récupération : adresse secondaire et numéro de téléphone doivent vous appartenir. Retirez les coordonnées inconnues après en avoir conservé une trace. Examinez aussi les méthodes de connexion enregistrées et supprimez toute clé d’accès ou méthode d’authentification que vous n’avez pas ajoutée.
Votre accès est bloqué
Lancez la procédure officielle « Mot de passe oublié » ou « Récupérer mon compte ». Les justificatifs demandés dépendent du fournisseur : ancien mot de passe, adresse de secours, téléphone ou codes de récupération.
Si les coordonnées ont été remplacées par l’attaquant, utilisez l’assistance officielle prévue pour les comptes compromis. Pour une messagerie d’entreprise, l’administrateur pourra généralement intervenir depuis sa console de gestion.
Ne communiquez jamais un code de récupération à une personne qui vous contacte en prétendant vous aider.
3. Révoquer les sessions et les accès d’applications
Changer le mot de passe ne garantit pas que toutes les connexions existantes soient interrompues. Les recommandations de Cybermalveillance.gouv.fr pour une boîte mail piratée rappellent de déconnecter les appareils et sessions suspects.
Dans les rubriques « Appareils », « Activité récente » ou « Sessions actives », selon votre fournisseur :
- relevez les connexions que vous ne reconnaissez pas ;
- déconnectez les sessions inconnues ;
- utilisez la déconnexion générale si elle est disponible, après avoir vérifié vos moyens de reconnexion.
Une localisation inhabituelle constitue un indice, mais ne prouve pas à elle seule un piratage : un réseau mobile ou un VPN peut modifier la localisation affichée.
Examinez ensuite les applications autorisées à lire ou envoyer vos messages. Révoquez les autorisations inconnues ou devenues inutiles. Vérifiez aussi les mots de passe d’application, ces identifiants particuliers parfois utilisés par des logiciels de messagerie, et supprimez ceux dont vous ne pouvez pas confirmer l’origine.
4. Contrôler les transferts, les filtres et les délégations
Un attaquant peut modifier les paramètres pour continuer à recevoir vos courriels ou cacher ses actions. Cette vérification est indispensable pour sécuriser une messagerie compromise.
Inspectez les réglages suivants :
- Transfert automatique : aucune copie ne doit partir vers une adresse inconnue.
- Filtres et règles de classement : recherchez les actions qui suppriment, archivent ou marquent comme lus certains messages.
- Délégations d’accès : seules les personnes autorisées doivent pouvoir consulter la boîte ou envoyer en votre nom.
- Adresse de réponse et signature : vérifiez qu’elles n’ont pas été modifiées pour détourner les échanges.
Une règle peut sembler anodine tout en masquant les alertes de sécurité ou les réponses de contacts victimes d’une tentative d’escroquerie. Examinez donc ses conditions et ses actions, pas seulement son nom.
Conservez une capture des réglages frauduleux, puis supprimez-les. Sur un compte professionnel, demandez à l’administrateur de vérifier également les paramètres auxquels vous n’avez pas accès.
5. Activer l’authentification multifacteur
L’authentification multifacteur ajoute une vérification à la connexion, par exemple un code produit par une application ou l’utilisation d’une clé de sécurité. Elle réduit le risque qu’un mot de passe volé suffise à ouvrir votre compte.
Dans les paramètres de sécurité :
- Choisissez une méthode proposée par votre fournisseur, de préférence une application d’authentification ou une clé de sécurité lorsque ces options conviennent à votre usage.
- Enregistrez un moyen de secours fiable.
- Générez de nouveaux codes de récupération si les anciens ont pu être consultés.
- Conservez ces codes dans un endroit sûr, distinct de la boîte concernée.
Vérifiez qu’aucune méthode appartenant à l’attaquant ne reste enregistrée. Refusez toute demande de validation que vous n’avez pas initiée et ne transmettez jamais vos codes.
Cette protection complète la révocation des sessions ; elle ne remplace pas cette opération.
6. Limiter les conséquences sur les contacts et les comptes associés
Une messagerie récupérée peut avoir servi à préparer d’autres fraudes. Parcourez les messages envoyés, les brouillons, les archives et la corbeille. L’absence de courriel suspect dans le dossier des envois ne suffit pas à exclure une utilisation frauduleuse.
Effectuez ensuite ces vérifications :
- Contacts prévenus : avertissez rapidement les personnes susceptibles d’avoir reçu un message frauduleux, si nécessaire par téléphone ou SMS.
- Consignes précises : demandez-leur d’ignorer les liens, pièces jointes, demandes d’argent et changements de coordonnées bancaires reçus pendant l’incident.
- Mots de passe réutilisés : remplacez l’ancien mot de passe sur chaque autre service où vous l’utilisiez.
- Comptes associés examinés : contrôlez en priorité les services financiers, administratifs, professionnels et de stockage de documents.
- Réinitialisations recherchées : repérez les notifications de changement de mot de passe, de coordonnées ou d’ajout d’appareil que vous n’avez pas demandées.
- Activités vérifiées : recherchez les commandes, paiements ou modifications inconnus et contactez immédiatement le service concerné en cas d’anomalie.
Si des demandes de paiement ont été envoyées en votre nom, faites confirmer les instructions légitimes par un canal indépendant. Conservez les éléments utiles à un signalement ou à un dépôt de plainte.
7. Vérifier les appareils et surveiller les jours suivants
Mettez à jour le système, le navigateur et les logiciels de messagerie. Lancez une analyse antivirus et examinez les extensions installées. Si un logiciel voleur d’identifiants est suspecté, faites vérifier l’appareil avant d’y saisir de nouveaux secrets.
Un filtre antispam et une protection antivirus des pièces jointes réduisent certaines portes d’entrée, mais la récupération du compte exige aussi de corriger ses paramètres de sécurité.
Dans les jours suivants, surveillez les connexions, les nouvelles règles et les alertes des comptes associés. Testez l’envoi et la réception d’un message. Si une session inconnue réapparaît ou qu’un transfert se recrée, sollicitez le fournisseur ou l’administrateur : un accès frauduleux peut encore subsister.